1737 condamnation de Montigny: avoir la tête tranché sur un échafaud

                         ARREST DE LA COUR DU PARLEMENT
Qui condamne Jean-Baptiste Beaulieu de Montigny, Exempt de Robbe-Courte, à mort, pour avoir insulté et tué nuitamment dans Paris le nommé Roudier
                                            Du 13. juillet 1737.

 

…à la requête d’Anne-Margeurite Paramour, veuve de Pierre-Nicolas Roudier Me Boisselier…LA DITE COUR…condamne le dit…avoir la tête tranché sur un échafaud, qui pour cet effet sera dressé en la Place du Trahoir de cette Ville de Paris…ses biens situés en Pays de confiscation acquis et confisqués au Roi…la somme de deux cens livres d’amende vers ledit Seigneur Roi, trois cens livres pour faire prier Dieu pour le repos de l’Ame dudit défunt Nicolas Roudier, en la Chapelle de la Conciergerie du Palais…douze milles livres de réparations civiles...

4 pages imprimés. Entête avec fleur de lys, ‘NEC PLVRIE VS IMPAR’  signé ‘I.P.f.’

Papier un peu sale et rousseurs.

24,50 x 19 cm.

 

La compagnie des Exempts de robe courte au Châtelet de Paris faisait partie du corps de la gendarmerie et maréchaussée de France. Ces exempts étaient des officiers établis dans les compagnies des gardes du corps, dans celles des prévôts et autres. Ils commandaient en l'absence des capitaines et lieutenants, et étaient ordinairement employés à faire les captures ou autres exécutions.

Un exempt de robe courte ayant rencontré le soir, dans les rues de Paris, une jeune femme avec son mari, lui a mis la main dans la gorge, et l'a insultée. On dit qu'il la connaissait, et qu'il n'avait pas pu avoir accès chez elle. Le mari, qui était boisselier, a dit, comme de raison, quelque sottise à cet homme. Celui-ci a mis l'épée à la main et l'a tué. La femme, quoique grosse, s'est jetée à la gorge de cet exempt, lui a arraché son épée, et l'a tenu en respect jusqu'à l'arrivée du guet. Elle l'a conduit ellemême chez le commissaire. Il y avait assez de disposition pour le faire sauver, à cause de sa qualité; mais la femme, accompagnée, comme on le croit bien, de beaucoup de monde, quoique ce fût la nuit, l'a mené en prison. Le lendemain, elle a été se jeter aux pieds du cardinal, on dit même du roi, pour demander justice. L'affaire n'a pas été difficile à instruire, et l'exempt a été condamné, au Châtelet, à être pendu. Il a interjeté appel, et a, comme gentilhomme, demandé l'assemblée des chambres, c'est-à-dire de la grand chambre avec la Tournelle. Son père avait été mousquetaire, et ensuite gouverneur d'un duc; son frère avait été page à l'hôtel de Conti; il était fort bon gentilhomme. Plusieurs personnes de grande distinction à la cour sollicitaient pour sa grâce; mais il n'y avait pas moyen, à cause de la femme, qui poursuivait vivement en son nom, et qui a refusé dix mille livres qu'on lui offrait. C'était d'ailleurs un mauvais sujet qui avait déjà tué deux autres hommes. Par arrêt du samedi, 13 de ce mois, il a été condamné à avoir la tête coupée. Il y avait douze voix à la roue, et il le méritait bien, sans lui faire l'honneur de la décollade; mais l'assassinat n'était point prémédité. Notre exempt a donc été exécuté lundi, 15, et comme, depuis longtemps, il n'y avait point eu de tête coupée, il y avait un monde étonnant tant aux fenêtres que dans la rue. L'endroit de la croix du Trahoir, autrement du Tiroir, étant assez serré, il y a eu plusieurs personnes estropiées et des chevaux étouffés. Le bourreau l'a décollé parfaitement d'un seul coup. Il a pris la tête et l'a montrée, et tout le peuple a claqué des mains pour lui faire compliment sur son adresse. On dit que MM. les maréchaux de France se sont plaints de l'arrêt, à cause de la qualité de l'exempt; mais comme elle ne fait pas déroger, et que cet homme, quoique mauvais sujet, tenait peut être à de fort honnêtes gens, on lui a accordé les honneurs de la noblesse.

Journal historique et anecdotique du regne de Louis 15. par E. J. F. Barbier, Volume 2